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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/266

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tants… Pour l’instant, elle désire qu’on ne s’occupe pas d’elle. Servez le thé, mes enfants !


JEANNE CASTEL, (près du banc, au fond, regardant dans la direction de la prairie.)

Oh ! mais elle marche avec peine… elle s’arrête… (Poussant une exclamation.) J’ai cru qu’elle chancelait !… Ah ! la voilà qui repart.

(Tout le monde est de dos et regarde.)

ULRIC.

Ça m’étonnait. Voyez, elle trotte.


JEANNE CASTEL.

Mais elle traverse la prairie au plus court !

(Pendant ce temps, seul, Julien s’est tenu écarté, au premier plan, silencieux. Mademoiselle Martin se rapproche de lui avec vivacité, pendant que les autres regardent au loin.)

MADEMOISELLE MARTIN, (à Julien.)

J’espérais que vous viendriez nous prendre après déjeuner. J’ai griffonné dix lettres à des amis, ce matin. Je suis heureuse !… Et vous ?


JULIEN, (tristement et pensif.)

Chut !… C’est surtout cette phrase-là qu’il ne faut jamais dire !


MADEMOISELLE MARTIN.

Pourquoi ? Le bonheur est une sensation sur laquelle on ne se trompe pas ! Donc, lorsqu’on en est bien sûre…


JULIEN, (l’interrompt, l’œil tourné vers l’horizon où vient tout à l’heure de disparaître la silhouette chancelante de Frédérique.)

On sait toujours qu’on a été heureux, Mademoiselle… on ne sait jamais si on l’est encore !…


RIDEAU