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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/260

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FRÉDÉRIQUE.

Un malhonnête homme ?… Vous ?… Allons donc !


JULIEN.

Oui, j’ai la conscience très lourde, et depuis quelques jours, depuis près d’un mois, je me donne des atermoiements pour vous avouer une action qui va vous inspirer le dégoût de moi.


FRÉDÉRIQUE.

Julien, qu’avez-vous fait ?… Vite, répondez-moi… Un malhonnête homme !… Comment !… Quoi ?… (Elle cherche.) Vous n’avez pas détourné d’argent… Vous ne vous êtes pas mis dans une situation scandaleuse… il faudrait me le dire…


JULIEN, (sans la regarder. )

Pas cela !…


FRÉDÉRIQUE, (après un soupir de soulagement.)

Tant mieux ! J’ai eu peur… Quoi que vous me réserviez, je respire !… Alors ?… Alors ? Pourquoi ce mot ? Ce n’est pas un malheur que vous m’annoncez, c’est une faute dont vous parlez même comme d’un crime. Le malheur, je vous dirais de suite que nous sommes deux à le partager.

(Les mots sortent de sa bouche, craintivement retenus.)

JULIEN, (un pied sur le banc, loin d’elle.)

Ma chère, ma grande, ma vraie amie !… Nous voici arrivés à un point de ma vie où il faut que je vous fasse une énorme peine ! Vous êtes toute délicatesse et toute âme, vous ne comprendrez pas cet égoïsme d’homme, et vous aurez raison de me mépriser comme vous allez le faire… Je ne suis pas un héros, Frédérique, je suis un parvenu, déplacé auprès d’un être de votre taille… Vous