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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/256

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là cette conversation qui ne peut nous mener à rien de bon, et que je n’ai pas recherchée.


FRÉDÉRIQUE, la fait se rasseoir.)

Mais non, je suis sotte d’ironiser… je vous en prie… Votre souci est si compréhensible, Madame ! Je ne sais jusqu’à quel point ont été les confidences de votre fils. Si vous connaissiez de quelle manière s’est glissé en moi ce sentiment, vous comprendriez qu’il n’y a rien à redouter pour Julien ! Il est paresseux, dites-vous ? Non, il est simplement distrait, et je confesse que j’ai pris trop de place dans sa vie, mais je suis décidée à l’aider mieux, à le faire travailler. Il est jeune encore… Eh bien, il restera encore probablement trois ou quatre ans auprès de nous. Je ne demande que le bonheur de ces quelques années ! Après, je commencerai à vieillir singulièrement, ses sentiments seront peut être émoussés… changés en amitié… on dit que c’est possible… Voyez, je vous fais des confidences bien intimes, bien osées, mais vous êtes femme, vous les comprendrez…


MADAME BOCQUET, (sans broncher.)

Je crains fort, chère Madame, que vous aussi, vous n’ayez fait fausse route. Vous vous êtes trop exagéré, non pas les sentiments du garçon, mais leur valeur… Hé ! oui, mon Dieu, ces jeunes gens, il ne faut pas les prendre tellement au sérieux ! Vous savez, comme on dit à la campagne, ils jettent leur gourme… Ça parle d’éternité, et puis, au fond, ce sont des étourneaux qui laissent bien des déceptions derrière eux.


FRÉDÉRIQUE.

Ah ! ça ! voudriez-vous me faire douter de l’affection de Julien ?