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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/248

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FRÉDÉRIQUE.

Julien, mais c’est affreux ce que vous dites là ! Mais je ne vous avais jamais vu comme cela !… Si la fidélité vous est si lourde, je ne vous l’impose pas…


JULIEN.

Oh ! que j’en ai assez de vos scrupules, à la fin !… Il n’y a pas qu’eux sur la terre !… Vous leur sacrifiez notre joie, et vous n’aurez fait que deux malheureux ! Tenez ! vous êtes impardonnable !…

(Il va s’asseoir sur le banc circulaire sous la statue du Bacchus.)

FRÉDÉRIQUE, (le regarde, atterrée, craintive devant cette formidable explosion juvénile.)

Julien, vous souffrez tant que cela ?… C’est vrai ? Pauvre enfant !… Ah ! que vous me faites de mal ! (Elle s’approche et elle pleure, debout près de lui.) Mais que faut-il que je devienne, alors ?… Il n’y a plus qu’à mourir ! Mon Dieu !… Votre voix est sincère… votre colère, bien sûr, elle est trop juste ! Je suis folle d’espérer qu’un amour dans ces conditions soit possible !… Mon Dieu ! Moi qui étais si heureuse, il y a un instant !

(Un silence pénible, lourd et triste, chacun à sa douleur sincère.)

JULIEN, (la voix subitement changée, comme soulagé par l’explosion de colère.)

Pardon, ne vous affligez pas !… Je me suis laissé entraîner à une crise de désespoir qui m’est habituelle depuis quelque temps, mais que je n’aurais pas dû vous montrer !…

(Il lui a pris machinalement la main et la caresse.)

FRÉDÉRIQUE.

Quand je pense comme autrefois vous étiez peu exigeant !… La première année… vous m’ai-