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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/224

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mant… Une fois, je me rappelle, rien que pour vous avoir vue de loin donner à manger aux poules, avec ce soin extraordinaire que vous y mettez tous les jours, j’ai rebroussé chemin, j’ai fui l’endroit où une voix m’appelait, et je suis rentrée à la maison, tout droit, comme un capucin de baromètre… Oui, j’ai l’air de divaguer, mais, moi, je comprends très bien ce que je veux dire !…


MADAME DESROYER.

Et tu m’aides aussi à comprendre bien des choses ! Par exemple, je me demandais souvent pourquoi je continuais bêtement à faire ce que je fais depuis soixante ans… Les mêmes gestes, presque les mêmes manies. Eh bien, tu viens de me l’expliquer : il n’y a jamais rien de perdu. Ça sert toujours à quelque chose de faire ce que l’on doit. (Elle se lève brusque, et, appelant la sœur qui se tenait un peu éloignée en lisant son livre de prières.) Ma sœur, hep ! J’oubliais… On va aller coucher les poules.



Scène II


Les Mêmes, plus ULRIC, MONSIEUR DE VILLEDIEU, JULIEN


ULRIC, (revenant de la pergola avec les autres.)

Vous nous quittez, mère ?


MADAME DESROYER.

Un petit remords, j’ai failli manquer à une de mes habitudes. C’est mauvais.


LA SŒUR.

D’ailleurs il ferait trop froid pour vous. Il se lève de l’Ouest un grand vent.