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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/208

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nuiez l’œuvre côte à côte… ici, à l’Institut même, afin que vous parveniez ensemble au triomphe !…


MADAME BOUGUET, (reculant d’effroi.)

Avec toi jusqu’à la mort, Laurent !… Sans toi, jamais !


BOUGUET, (impérieux.)

En mon nom, Jeanne, au nom de notre travail, au nom du devoir même… jure ! Tu le dois.


MADAME BOUGUET.

Et toi, tu me brises… Je ne peux pas en entendre davantage !…


BOUGUET.

Je n’aurai de repos que vous n’ayez fait le serment… (Suppliant et fiévreusement.) Délivre mon esprit… délivre… je t’en conjure !


BLONDEL, (avec élan.)

Bouguet, je comprends la beauté de ta pensée et de ton angoisse ! Eh bien, en mon nom personnel, au moins, pour te rassurer, au cours de ta guérison proche et certaine, pour apaiser le tourment de voir avorter ton œuvre, ton effort et ta maison, sois tranquille… je m’engage de la façon la plus solennelle à expier mon crime dans le travail acharné, près ou loin de toi, le plus humblement possible, dévoué à ta pensée vive… ou morte !

(Il a étendu la main.)

BOUGUET, (l’émotion l’empêche de parler.)

Merci, Blondel… (Il lui serre doucement la main.) Je vais aller bien mieux tout de suite, vous verrez… (À sa femme écroulée.) À ton tour, Jeanne… Ma chérie, tu as été une lumière précieuse, mais il faut un cerveau d’homme attelé à la besogne… Et puis, Blondel, qu’on sache que j’ai voulu cela !…