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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/201

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MADAME BOUGUET, (se tordant les mains.)

Non, pas cela, Laurent !… Tu ne sais pas à quoi tu t’exposes ! Je ne sais pas moi-même de quoi je serais capable ! Malgré ton repos nécessaire et ma tendresse vigilante, je ne répondrais pas de moi, je te jure !… ne fais pas cela. Je sais bien que tu l’appelles pour le chasser, pour lui dire ton mépris et notre horreur… mais, par pitié… c’est toi que je veux épargner… Il va se passer quelque chose de hideux et tu en seras le témoin… Cela te fera mal… Pas maintenant ! Plus tard, plus tard, Laurent… Tu avais bien le temps. Pourquoi le faire venir maintenant ! Quelle folie te prend de te surmener l’âme et le corps au moment où tu as le plus besoin de repos !… Tu n’es pas en danger, pourquoi faire ainsi maison nette, avec cette précipitation, comme si la mort était à nos trousses ?… C’est dément, et dément à moi de t’obéir… Tu sais si je te respecte et si je m’incline toujours devant tes ordres, mais, cette fois, non, je me révolte. Je m’y oppose. Je vais fermer cette porte.

(Elle se précipite à la porte.)

BOUGUET.

Ta résistance est inutile. Vous vous mettriez à cent qu’on ne m’interdirait pas cette comparution !… Je suis d’ailleurs très maître de moi…


MADAME BOUGUET.

C’est possible… Grâce au ciel, tu es pétri d’une autre argile que moi… mais, alors… chasse-le, en dehors de ma présence… sans exiger que je demeure inerte, impassible, devant celui qui vient de tirer sur toi… de te loger cette balle dans la chair… Je t’en supplie, permets que je sorte… Je ne suis qu’une femme.