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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/189

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BOUGUET.

Ma femme, ma femme bien-aimée !… Comment peux-tu me demander cela ?


MADAME BOUGUET, (éclatant.)

Ah ! Laurent, c’est que je t’aime tant !

(Elle se précipite à genoux près du canapé.)

BOUGUET.

Et je ne peux même pas aller à toi pour t’embrasser ! (Elle se lève et avec précaution lui donne plusieurs baisers sur le front.) Comme j’ai abîmé ta vie !…


MADAME BOUGUET.

N’emploie pas de pareils mots, Laurent… Rien n’est abîmé en nous, ou si peu… Pense à ta pauvre épaule blessée… qu’il faut guérir… que nous allons guérir tout doucement… à l’aise… loin des méchants !… On vient de me raconter ce duel !… Tiens, j’aime mieux ne pas avoir su…


BOUGUET.

Que tu es belle ! Et quel chagrin j’aurais eu à te quitter !… Je ne suis pas en danger, mais laisse-moi te parler comme si je l’étais… si, laisse… pour le plaisir… pour le plaisir seulement !… Laisse-moi te dire comme on le ferait dans un testament, que ta bonté envers moi a passé toute expression… Tu as été un idéal et une influence. Peut-être seule n’aurais-tu pas fait ce que nous avons fait, c’est vrai, mais nos découvertes, nos recherches, tout ce qui est spirituel dans la vie est devenu, à tes côtés aussi simple, aussi naturel que la lumière du jour !…


MADAME BOUGUET, (laissant couler ses larmes.)

Mon ami, mon époux.