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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/18

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Ce point de vue n’a rien de personnel. Il est peut-être à la base de tout art, même purement plastique. Cet enseignement se retrouve dans les classiques.

Je contemplais, l’autre jour encore, la Victoire de Samothrace. L’Idée est là, — en elle. Qui peut prétendre qu’elle n’emplit pas tous les plis enamourés de la tunique vers l’azur et en pleine marche ? Mais regardez… par contre, pas trace d’emphase, pas de draperies lyriques ou balancées selon le caprice de l’artiste, ainsi que se le permirent les artistes du XVIIe siècle français !

Non ; la vérité la plus stricte, la plus réaliste est devant nous, combinée comme le serait une froide et méticuleuse recherche. Chaque pli est structuré, et se lie à l’autre, presque photographiquement. Quel enseignement ! Un génie a écrit la Prière sur l’Acropole. Que n’a-t-il écrit la prière à la Victoire de Samothrace ! L’exactitude dans le mouvement égale l’improvisation lyrique. Il ne manque, à cette statue éducatrice, que ce qui doit virtuellement lui manquer aujourd’hui, ce que le temps a bien fait de mutiler : le visage et les mains. Le grand destructeur a volontairement, dans cette statue vivante, supprimé ce qui ne correspondait plus à notre âme moderne, et il nous a donné la déesse acéphale…

Car elle nous paraîtrait probablement bien froide et bien glacée, maintenant, l’expression de la tête à jamais disparue ! Il nous faut aujourd’hui sur ce corps tendu une face baignée de plus douloureuse angoisse, chargée de plus de rêves séculaires et tournée aussi vers des mystères plus étoilés.

Donc, pour en revenir à la pièce sur laquelle vous m’interrogez, la donnée est celle-ci : un savant, un grand esprit encyclopédique, philosophe