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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/157

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rapprocher dans le danger qui nous assiège !… Dis-moi que nous allons le faire !… Mon cher, mon excellent, mon meilleur ami !…

(Il le caresse presque.)

BLONDEL.

Mais je ne suis supérieur à rien du tout, moi !… Je souffre en homme simple et droit et bon. Je souffre comme tout le monde !… Je suis un pauvre bougre sur lequel on a tiré !… Mon instinct crie en moi de toutes mes forces. La bête ancestrale ? Ah ! elle est bonne !… Si c’est avec des mots pareils que tu comptes expliquer ton ignominie ou ton cynisme ! C’est fini cela ! Je ne te subis plus !

(Il se redresse.)

BOUGUET.

Non, sauve-toi, au contraire, par l’acte réfléchi… Raisonnons… raisonne… Tu admettais avec un sourire méprisant que ta femme ne fût pas vierge. Tu admettais le premier larron… parce que tu ne l’avais pas connu, voilà tout ! Tu admettais le principe du libre arbitre. Seule, la jalousie d’homme à homme est donc entre nous… Eh bien, je te le jure encore, sur tout ce qu’il y a de plus sacré, ce passé est aussi anéanti que celui qui l’a précédé.


BLONDEL, (tout à coup.)

Mais, j’y songe, j’y songe tout à coup… Ah ! tout s’éclaire… oui, cette histoire de l’officier dans son pays… le premier amant… Au fait !… Ah ! je comprends !… Invention pure (Avec rage.) C’est toi qui as eu sa virginité !… toi qui as été le premier amant !


BOUGUET.

Tu es fou ! Ça, jamais ! Jamais !