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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 9, 1922.djvu/152

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BLONDEL.

Alors, c’est l’aveu ? c’est l’aveu du passé ?… Donc, à une heure quelconque, autrefois, tu l’as eue… Elle a été ta maîtresse !… Canaille ! Il se précipite sur lui.


BOUGUET, (se dégageant.)

Voyons… nous n’allons pas nous colleter comme des croquants ou comme des écoliers !


BLONDEL.

Oh ! pas d’orgueil, mon vieux !… Tu peux laisser ta superbe pour d’autres occasions ! Ne t’abrite pas derrière ta gloire !… Elle ne te sauvera pas !… Ne te crois pas un tabou national… Quand on a fait ce que tu as fait, on est le dernier des lâches, on mérite toutes les corrections et on les reçoit… Tu as escompté que, le jour venu où la vérité éclaterait, je serais l’être chétif, le subalterne d’avance vaincu et résigné… L’habitude de la hiérarchie… Quelle farce ! Non, tu as devant toi un amoureux, un simple amoureux dont le cœur est déchiré par toi… Car je l’aimais… ah ! comme elle était devenue ma femme, cette femme-là !… M’avez-vous assez trompé tous les deux ! Et dire qu’elle est là, qu’elle pense à toi !… Dieu que c’est douloureux ce que j’éprouve là ! Dieu ! que c’est mauvais ! que c’est mauvais !

(Il s’appuie.)

BOUGUET, (épouvanté.)

Blondel, je sens au fond de moi saigner nos vingt ans d’amitié et toute ma tendresse. Je ne suis pas coupable de ce que tu crois. Ces bassesses-là ne sont pas de mon domaine. Si je suis coupable de quelque chose, voilà… voilà… c’est d’avoir voulu, comme toujours, équilibrer les forces de la vie. Il est fou de vouloir être sage,