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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/84

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vitale est toujours tempérée. Vous êtes de celles qui ne trouvent d’aise à vivre qu’à trente degrés ou à zéro. La température normale leur paraît le morne étouffement.


THYRA.

Toutes les natures altières et altérées sont ainsi. Si quelqu’un se contente de peu, c’est qu’il n’a pas d’imagination, voilà tout… et comme j’en ai beaucoup, avec pas mal d’orgueil par-dessus le marché…


LEPAGE.

L’art ne s’obtient que par la patience… le temps ! Les plus belles qualités du monde n’y font rien.


THYRA.

Mais on peut ramasser son effort, mettre les bouchées doubles !… Pourquoi ce délai irritant de six… sept… dix ans ?… En quelques mois ne peut pas naître le chef-d’œuvre spontané ?… Je sens, certains jours, la puissance de rendre tout ce qui me frappe. J’éprouve le besoin impérieux de rendre ce que je vois. Alors, alors ?… C’est donc qu’il y a des forces qui triplent les facultés.

(Elle regarde anxieusement le modèle.)

LEPAGE.

Mais qui ne suppléent pas à la science. Jamais, jamais… Vous manquez d’école.


THYRA.

Le Christ, quand il a délivré le lunatique, a dit à ses disciples, étonnés que personne n’eût pu, avant lui, réaliser le miracle : « C’était bien simple ! Vous n’aviez pas l’ardeur. Avec de la foi, gros comme un grain de moutarde, vous transporteriez… »