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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/81

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l’opération. Vous êtes celui, le seul, auquel j’ai livré mon esprit et ma confiance, assez pour qu’une parole de vous, réclamée d’une certaine façon, soit crue aveuglément. Je m’en rapporterai à elle. Je vous dois tout ; vous savez que je vous appelle mon embellisseur, mon génitor. Donc, n’est-ce pas, Lepage, la sincérité, et à toutes mes questions.


LEPAGE.

On va tâcher… J’attends de pied ferme.


THYRA.

D’abord, regardez bien ma petite machine, là-bas… sans penser que c’est moi. Donnez bien le mouvement, Pinatelli… Et votre opinion absolue, comme si ce n’était pas de moi.

(Elle attend anxieusement.)

LEPAGE, (met son lorgnon et regarde.)

C’est comme ci, comme ça.


THYRA, (geste d’impatience.)

Plutôt comme ça ! Oh ! je m’en rends bien compte, allez ! Ce n’est pas une raison parce qu’on vient de me coller la médaille au Salon et que j’ai eu une bonne presse… Du reste, tout ce que je fais est toujours ainsi, c’est sec, c’est froid, c’est dur. (Elle pousse un soupir.) Ah ! funèbre banalité !…


LEPAGE.

Non… Vous sculptez comme un bourreau, un peu… Évidemment, ce n’est pas au point… Vous êtes remplie d’intentions…


THYRA.

Comme l’enfer !