Ouvrir le menu principal

Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/56

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


de concession ou d’inquiétudes de carrière ; leur simple franchise passe même pour de la suffisance ou de la morgue — à tort d’ailleurs !… Au point où j’en suis, je n’ai qu’à continuer d’écrire ce que je désire écrire, sans m’occuper du résultat, tout bonnement, et les pieds au feu…

Dans la solitude seulement, on peut récréer un peu la vie et se la rappeler… Il n’est rien de tel que de rêver et, dans le secret de soi-même, d’embrasser des images, ou de réveiller des souvenirs… pour s’en aller, un soir, comme le petit Poucet, qui, le long de la route, aura semé des cailloux blancs, noirs ou roses, devant que le temps les chasse dans le fossé…

Mais je m’aperçois, jeune homme, que je t’oubliais !… La violence et la prolixité des attaques m’ont entraîné à enfreindre la pudeur naturelle de l’écrivain. Tant pis ! Au moment où tu lis ces lignes, tout cela est un débat si lointain, si oublié, n’est-ce pas ! À l’heure actuelle, tu sais que rien, dans aucune branche de l’esprit, n’a pu arrêter le progrès et la marche de révolution qui entraîne la France vers des buts de clarté, de justice… Et c’est l’essentiel ! Le monde s’est sans doute encore éclairci, illuminé pour toi, avant que tu tendes le flambeau à d’autres coureurs… Pardonne-moi de t’avoir aussi longuement importuné de moi-même. Mais si, par hasard, la morale de ton temps n’est pas meilleure que celle du nôtre, si, par impossible, tu as souffert des mêmes souffrances, triomphé peut-être des mêmes erreurs, tire de ces lignes un léger mais salutaire enseignement ! Va, console-toi allègrement ; tra-