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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/55

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autre chose que cela : quelques luttes de l’âme humaine en face des lois secrètes, indestructibles, belles ou fatales de la vie et de l’évolution. C’est une très simple philosophie, voyez-vous, qui m’inspire, une philosophie de « constatation », si j’ose m’exprimer ainsi. Plus de thèses, plus de théories, plus de systèmes, plus de satires ! L’auteur dramatique ne doit pas être autre chose qu’un enregistreur impartial et un observateur résolu. Sans cela nous ne peignons plus et ne dramatisons plus la vie, mais des entités ou des chimères arides. Le réel doit sans cesse baigner, envelopper les contours de nos conceptions et elles doivent cependant plonger leurs racines dans le sol invisible qui est le creuset mystérieux de la nature. Gœthe a imaginé les Mères, les matrices cachées du monde, procréatrices lointaines, toujours tangibles, du moindre de nos gestes, génératrices de ces forces indisciplinées que l’on nomme : l’instinct et l’intuition. Eh bien, il faut que malgré le sens humain sans lequel il n’est pas d’art dramatique, malgré les apparences les plus subtiles du réel, il y ait, dans la coulisse comme dans le tuf profond que nous foulons, ces personnages vénérables, ces déesses inamovibles qu’un poète nomma si exactement : les Mères.

Mais l’entreprise serait trop grande !… Je laisse à d’autres l’espoir de la réaliser !… Je connais mes forces et je n’ai ni fausse humilité ni sot orgueil. Je veux dire simplement que les intentions sont bonnes, l’exécution plus douteuse, et qu’au surplus il ne faut travailler que lorsqu’on a quelque chose à dire. Mes écrits sont dépourvus