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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/39

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des spectateurs que les audaces, s’il y en a, et les sincérités de ma production eussent séduits ou attirés plus facilement. Encore maintenant, c’est le public qui s’est fait à la longue une conviction personnelle, et n’écoute plus d’autre expérience que la sienne ; il vient d’en donner une nouvelle preuve ; et, en rejetant le verdict insidieux de la presse, il a eu, cette fois, plus de mérite que de coutume ! On l’a trompé ; il le sait. Il a compris pourquoi.

Dieu sait quelles violences furent adressées au Phalène. Elles me sont familières. Dès ma première pièce j’ai connu ce langage : ce fut le ton avec lequel on accueillit mes premières démonstrations ; c’est à l’aide de ces armes qu’une certaine presse forgea tout de suite cette cuirasse de mascarade, créa cette légende d’immoralité suspecte, de complications inquiétantes dont le souvenir n’est sans doute jamais parvenu jusqu’à toi, jeune homme à qui ces pages s’adressent. Maman Colibri, la Marche Nuptiale, Poliche, provoquèrent la même obstruction véhémente, un chœur de protestations indignées.

Exactement l’opposé de ce que l’on aurait dû dire !… Morne idiotie !

La décadence, la névrose, le morbide, c’est l’appauvrissement des formes et la dégénérescence des vérités fondamentales qui alimentent l’art et la morale.

Et justement il faut voir, dans toutes les époques, avec quelle rage Géronte essaie de jeter l’accusation d’une infirmité, dont il sent ses moelles s’ankyloser, à la tête de ceux qui viennent ouvrir les fenêtres et balayer les ordures… Oui, il existe un malsain en art : c’est celui qui s’épanouit le plus librement sous la protection de ces sévères