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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/31

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ment. Il n’y avait point de critiques d’art sous Jules II et je ne connais pas de feuilleton sur Daniel de Volterre, Sébastien del Plombio, Michel-Ange, Raphaël, ni sur Ghiberti delle Porte, ni sur Benvenuto Cellini ; et pourtant je pense que pour des gens qui n’avaient point de journaux, qui ne connaissaient ni le mot art ni le mot artistique, ils avaient assez de talent pour cela et ne s’acquittaient pas trop mal de leur métier. La lecture des journaux empêche qu’il y ait de vrais savants et de vrais artistes ; c’est comme un excès quotidien qui vous fait arriver énervé et sans force sur la couche des Muses, ces filles dures et difficiles qui veulent des amants vigoureux et tout neufs. Le journal tue le livre…

Eh bien, non, imbéciles, non, crétins goitreux que vous êtes…

Mais je m’arrête… Tu pourrais croire que je me laisse entraîner par le ressentiment ou l’infâme colère… Je vois un nouveau sourire effleurer tes lèvres. J’aime mieux te le révéler immédiatement, car tu manques étrangement d’érudition. Jeune homme, le long paragraphe que tu viens de lire n’est pas de moi. Depuis la phrase initiale de cette diatribe : « Une des choses les plus burlesques de la glorieuse époque où nous vivons », tu lis du Théophile Gautier, tu lis, réunies sans y changer un mot, mais en les rapprochant seulement pour t’éviter une lecture fastidieuse, quelques pages de la célèbre préface à Mademoiselle de Maupin. Avons-nous si peu changé que tu aies pu t’y méprendre ?… Bon Théophile, tu as épanché là toute ton amertume et ta verte franchise, tu as osé donner cours à ton indignation, à la