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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/265

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parmi nous… Sait-il maintenant, ce beau rustre, qu’il eut l’honneur d’inspirer votre désir ?…


THYRA.

Il est loin de s’en douter… Mais j’ai voulu qu’il fût ici, à l’heure de la sincérité… Et puis, ai-je désiré quelque chose sur la terre ?… Un amour qui n’est plus… un idéal qui est mort… Le reste, peuh !… Des rêves !… J’ai enfoncé les ongles dans des rêves !…


OSTERWOOD.

Les rêves sont la beauté suprême, lorsqu’ils sont liés entre eux par l’idée et embellis par l’expression… Ceux-là nous les avons atteints, certains soirs, n’est-ce pas ?


THYRA.

Vous avez fait danser les idées et les mots devant moi jusqu’au vertige…


OSTERWOOD.

Certains soirs, je me suis penché sur vous comme le vieux Pan au son de sa flûte…


THYRA, (le regardant du coin de l’œil.)

Un vieux Pan un peu rougeaud et sarcastique… Dites… Osterwood… vous qui avez tant vécu… et qui avez atteint, dit-on, le fond de la volupté, vous en reste-t-il autre chose que de l’amertume ?…


OSTERWOOD.

Oui, ma camarade, autre chose ! Rien ne vaut la volupté lorsque la pensée lui confère son maximum d’expression… Donnez-vous à moi malgré mes tempes blanchies… je vous jure que j’en ferai un moment divin !…