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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/264

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Vous n’êtes pas étonné que je vous aie fait venir de Londres tout exprès pour mes adieux ?


OSTERWOOD.

Je ne vous aurais pas pardonné de l’avoir oublié… Je ne suis nullement étonné… mais troublé… comme les autres.


THYRA.

Non, pas comme les autres, Osterwood… Nous avons voyagé quinze jours, passé quinze nuits presque entières à deviser sur le pont du yacht… vous, poète sanguin, grisé de whisky et de métaphysique… Et moi, qu’étais-je alors ? Une femme… mais quelle femme à ce moment-là… en quête de sensations, cherchant à ressusciter chaque matin le désir.


OSTERWOOD.

Oui, nous avons été loin dans les aveux, et à cause de cela proches l’un de l’autre… J’étais heureux de découvrir cette artiste, à l’heure où je perdais ma grande confidente, qui se retirait déjà du monde et avait organisé en elle son monastère !… J’ai appelé vos confidences !… Vous les avez faites à ce mauvais confesseur que je suis, à ce vieux paradoxe errant et sans emploi…


THYRA.

Pas toutes… Je vous ai avoué, en tout cas, mes langueurs sensuelles, mon ardeur de vivre jusqu’à mourir…


OSTERWOOD.

Oui… Vous m’avez intéressé, passionné… J’ai jalousé beaucoup même ce beau Danois à la nuque de rustre… qui avait eu le bonheur de vous troubler et que je retrouve aujourd’hui…