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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/259

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sur un coussin rouge. Pour un peu, je vous aurais baisé au front… Vous avez été peut-être mon premier trouble véritable ! Et vous ne vous en étiez jamais aperçu… C’est tout. Ce n’est pas énorme… mais vous verrez, plus tard, quand vous serez vieux, vous raconterez cette anecdote avec un certain plaisir, après boire… (Portant la coupe à sa bouche.) Oh ! comme ces fruits sont glacés ! vous ne vous en faites pas idée !


CORNEAU, (après un silence.)

Thyra, je comprends comme vous voulez que je comprenne. Je ne suis pas plus ému qu’il ne faut… mais je n’ai pas envie non plus de gouailler, de plastronner… J’ai écouté gravement une belle histoire… en effet… Je l’enferme dans mon souvenir… sans contrôler ce que cet aveu renferme au juste d’authentique, de blagueur ou d’illusoire…


THYRA.

Adieu… petit poète ! (Elle appelle.) Lepage !…

(Lepage se retourne, au fond, puis s’approche. Elle congédie du geste Corneau qui, en croisant Lepage, fait tinter quelques pièces qu’il a prises dans la poche de son gilet.)

CORNEAU, (à Lepage.)

On liquide !… On liquide !… Passez à la caisse, mon bon !…


THYRA, (avec une voix tout autre, grave et sonnante.)

Alors, c’est fini ?… Nous nous quittons, mon doux maître…


LEPAGE, (jetant son cigare sur les dalles et l’écrasant du pied.)

Et ce n’est pas gai !