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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/236

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MADAME DE MARLIEW.

Oui, mon enfant.


THYRA, (la regarde fixement, puis, tout à coup, elle pousse un gémissement.)

Ah ! tu savais, tu le savais !


MADAME DE MARLIEW.

J’ai toujours su !…


THYRA.

Et tu n’osais pas me le dire, et tu me le cachais ?


MADAME DE MARLIEW.

Et toi aussi, ma chérie, tu te cachais de moi… Philippe nous avait bien gardé le secret !


THYRA.

Et nous vivions dans ce mensonge !… Quelles folles nous étions de nous imaginer que l’autre ne savait pas !… Comme si c’était possible !… Mamita !…


MADAME DE MARLIEW, (la serrant tendrement dans ses bras.)

Mais ce n’est rien ! Je viens de t’entendre… Tu t’exagères aussi !… Ce n’est rien ! Tu dois guérir… Je le sais… on me l’a dit dernièrement encore… Oh ! vois-tu, c’est un bienfait que cet affreux silence qui était entre nous n’existe plus !


THYRA, (câlinement pressée contre elle.)

Ah ! que c’est bon de te retrouver tout à coup… (Puis elle gémit.) Mère, mère, pourquoi m’avoir donné la vie, si tu devais me donner la mort !


MADAME DE MARLIEW.

Oh ! quel trop juste reproche !… Je n’en sais rien, moi… Que veux-tu ? c’est la fatalité !… Ton père était bien portant… Ah ! si je t’avais soignée aussi, au lieu de te laisser vivre à ta guise…