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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/221

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regrets… toujours… in solitudine cordis… Toujours, mon Dieu, séparée de notre cœur !… Malheureuse enfant, que je vous plains !…

(On entend des cloches lointaines. Elle s’agenouille.)

THYRA.

Que faites-vous ?


LA PRINCESSE ÉLÉONORE, (avec élan et foi.)

Moi qui n’ai pas désappris la prière, moi qui espère encore désespérément en Dieu… je prie… l’Angélus sonne… et je prie pour la pauvre solitude humaine…

(Thyra, impressionnée, commence le signe de croix, mais elle ne l’achève pas et secoue hardiment la tête. On entend maintenant en bas des appels, les voix montent jusqu’à elles : « Hé ! Hop ! Hé ! Hop ! »)

THYRA.

Vous entendez, ce sont nos amis qui descendent et nous appellent.


LA VOIX DE LA COMTESSE, (derrière les amandiers, près de la voiture dont les grelots tintent.)

Son Altesse et Thyra veulent-elles venir ?… Il est tard déjà…


LA PRINCESSE ÉLÉONORE, (se lève et se recouvre de ses voiles gris.)

L’air semble un peu humide. Vraiment, vous désirez rester ici seule… Ce n’est pas imprudent ?… Vous n’aurez pas froid, mon enfant ?


THYRA.

J’ai besoin de recueillement. Je descendrai à pied très doucement. Dites-le à ma mère ; qu’elle ne s’inquiète pas de moi.


LA PRINCESSE ÉLÉONORE.

Et, ce soir, voulez-vous que nous causions plus