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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/210

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forme d’expression… voilà tout… Vous sculptez des mots.


LA PRINCESSE ÉLÉONORE.

Eh bien, vous rappelez-vous quelque chose qui efface de cet azur la chanson américaine ?


THYRA.

Non… (Se reprenant.) ou plutôt, si… si… Je le dirai en votre honneur, Altesse… J’ai composé, en passant dans un endroit semblable à celui-ci, aux environs de votre Corfou, une sorte de chant que je veux bien dire… mais tenez, alors, de là-haut… sur le rocher où le poète s’est fait brûler parmi le serpolet, et au-dessus de la prairie des morts…


LA DUCHESSE D’OSQUE.

Quel est ce chant ?


THYRA.

Celui d’une jeune condamnée qui, un soir, regardait le ciel.


PHILIPPE.

Voulez-vous que je vous prête mon bras pour monter, Thyra ?


THYRA.

Non, laissez-moi, Philippe… je vais tâcher, au contraire, là-haut, de vous oublier tous.

(Elle s’en va à travers les rochers. On s’assied, en attendant.)

OSTERWOOD.

Le chant d’une jeune condamnée qui regardait le ciel ? Il ne peut y avoir de plus beau ciel que ce soir, n’est-ce pas ?…


LA PRINCESSE ÉLÉONORE.

Le fait est que le coucher du soleil a été royal… Et regardez la lune, à droite, qui attend son heure…