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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/21

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PRÉFACE

À un jeune homme, dans trente ans, –
si ces lignes parviennent jusqu’à lui.

Ce fut une belle soirée !… Tout ce qu’il y a de pur, d’honnête, d’intègre, dans une répétition générale (et Dieu sait ce qu’il en entre dans la composition de ces solennités parisiennes !), par une de ces agrégations spontanées que seul le péril de l’art ou de la nation peut provoquer, se concentra en une poussée vengeresse… L’excès de la pourriture, le scandale éhonté, la littérature morbide venaient de provoquer un haut-le-cœur libérateur et de rendre, aux fidèles gardiens du goût, le sentiment de leur dignité endormie… Ce fut un concert quasi unanime et superbe, un de ces réveils de la conscience parisienne, auquel je regrette que, pour ton édification, tu n’aies pas assisté… Il y avait dans la salle, ce soir-là, de la joie, de la fraternité émue. On respirait… On se serrait les mains, et, le lendemain, fiers de leur tâche ardue, les critiques et leurs directeurs, comme un seul homme, annonçaient au public, en des lignes emplies d’indignation et de mépris mesuré, que justice était faite, le parvis lavé. Encore une fois, la vertu, en France, venait d’être sauvée par le journalisme !