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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/198

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OSTERWOOD, (répondant.)

Son Altesse se repose quelques instants.


ALLÉGRA, (s’approchant de Thyra.)

Vous ne voulez pas mon écharpe ?


THYRA.

Merci, chérie. On étouffe de chaleur.


LIGNIÈRES, (allant à la princesse.)

N’est-ce pas beau, ici ?…

(Tout le monde parle à la fois.)

LA PRINCESSE ÉLÉONORE.

Vous faites trop de bruit. Taisez-vous tous. Recueillons-nous quelques instants, mes enfants, devant la beauté de ce paysage. Il faut recevoir certaines impressions dans le silence. N’est-ce pas pour cela… que nous voyageons.


LIGNIÈRES, (riant.)

C’est vrai !… (Tout le monde s’est tu respectueusement.) Nous sommes les chiens d’arrêt de l’émotion…


OSTERWOOD.

Pas avant que vous sachiez, Altesse, que c’est sur ce rocher que le grand poète américain, à l’exemple de Shelley, a voulu que l’on brûlât son corps. Il est mort dans ces parages, à l’hôtel Capabianca, et le poète du nouveau monde avait rêvé que ses cendres se dispersassent au vent dans un beau paysage et au-dessus des vieilles tombes latines. Des amis ont respecté ce vœu. On pense que c’est sur ce rocher que le bûcher a été allumé. Maintenant, Altesse, votre rêverie sera plus émue encore, j’en suis sûr. (Le silence se