Ouvrir le menu principal

Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/187

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


bord, ces volières d’oiseaux, leurs musiques sempiternelles, les déjeuners et les soupers sous les vélums de soie, ces séjours entrecoupés dans toutes les capitales où l’on s’amuse ! Et comme c’est peu pratique avec tout cela. Ils ont emporté à bord même un coiffeur, mais il n’y a pas un médecin ; vous pourriez être malade, avoir le moindre bobo, vous ne trouveriez pas une fiole de laudanum ou d’arnica.


LA COMTESSE.

Oh ! bien merci ! moi qui ai en horreur de voyager sans ma petite pharmacie.


MADAME DE MARLIEW.

Alors, je vais, je me laisse traîner d’escale en escale, de palace en palace… De temps en temps on me débarque. Au bout de trois mois je n’en peux plus et, malgré ma gêne et ma honte de me mêler à eux, j’accours embrasser ma fille au milieu du brouhaha que font les invités, les oiseaux, le rire des femmes, le bruit des vaisselles. Je reste des journées tassée dans ma cabine comme une pauvre vieille malle, criblée d’étiquettes de voyage… Dans quelques jours je vais m’en retourner dans notre hôtel à Paris. Au moins là j’ai un peu de paix, quoique une si grande solitude !

(À ce moment on entend tout au loin la voix de Thyra qui interpelle le chevrier.)

LA VOIX DE THYRA.

Eh ! hop ! hop ! petit ! La flûte !

(Elle parle italien. Le petit chevrier répond par son air de flûte méthodique sur le haut du rocher. Madame de Marliew et la comtesse se sont rapprochées, elles regardent.)