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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/180

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THYRA.

Hélas !… Voici le soleil… Dieu ! que j’ai froid ! (Il la saisit dans ses bras. Elle dit en frissonnant.) Je suis glacée, glacée…

(Il l’enveloppe chaudement, tendrement de ses bras. Elle ne résiste plus, mais les larmes coulent toujours de ses yeux.)

PHILIPPE, (répétant comme machinalement, tout bas.)

Encore… encore…


THYRA.

Je ne suis plus qu’une chose… Il me semble que je n’ai plus d’âme !


PHILIPPE.

Mais tu vois bien que tu ne peux plus résister !


THYRA, (les bras ballants.)

Je ne peux plus lutter, voilà tout !


PHILIPPE, (la tenant appuyée.)

Mon amour… tout oublier… tout retrouver ! Dis, dis que c’est possible… dis ?…


THYRA, (sans force.)

Vous le voulez ?… (Alors, elle se recule. Elle tire le grand rideau de la verrière, l’ombre se fait. Le soleil pâle du matin met une tache d’or dans les rideaux. La chanson de Lepage s’est arrêtée. Thyra frissonne. Elle se rapproche de Philippe, la tête dans un coude levé, l’autre main tendue, peureusement, en un mouvement de défense. Avec une triste plainte de reproche.) Que faites-vous ?… Que faites-vous là ?…

(D’un geste infiniment las et de désespoir résigné près du divan, debout, elle dégrafe le grand manteau noir qui tombe à ses pieds, bref, comme tombent les oiseaux abattus.)