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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/179

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ment sans m’en rendre compte. Mon cher enfant ! allez-vous-en !…


PHILIPPE.

Non, Thyra, je ne m’en irai pas ! Je retrouverai ma tendresse, ma protection de tout ton être !… Tu ne t’endormiras que dans mes bras d’une fatigue et d’un anéantissement que seul je t’aurai procurés… Tant pis !… Puisque tu as devancé l’heure de l’étreinte, puisque tu as appelé la vie, qu’elle suscite en nous tous les désirs, toutes les forces …


THYRA.

Mon cher enfant ! allez-vous-en de moi !… Je ne suis plus que malheur !… (Elle a la tête languissamment rejetée en arrière pendant qu’il lui tient les poignets. Le petit jour s’est levé derrière la verrière de l’atelier, le petit jour blême et glauque de Paris sur les vitres embuées.) Écoutez ! (On entend dans la cour un refrain, une sorte de sifflement d’homme ainsi que l’on en entend, le matin, dans les rues. La petite figure de Thyra a l’air tout à coup de hennir.) C’est Lepage, le sculpteur qui se met au travail. Il a bien dormi ! Il se réveille, il est content… Il ouvre sa fenêtre et siffle en jetant la glaise sur la stèle… Dans le petit jour, à l’heure des laitiers et du premier cri des oiseaux, en lui s’éveille la bonne joie matinale du travail, de la santé ! Il va sculpter… faire de belles choses… Il va travailler !

(Son œil s’enflamme, puis se ternit de larmes et d’un regret indicible.)

PHILIPPE, (murmurant dans un souffle.)

Je t’aime… encore…