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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/177

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connaître tous les désirs ? Je vous les offre. Je ne vous en épargnerai pas un ! Nous allons voyager éperdument ! Nous allons dépenser éperdument notre argent, notre temps et nous-mêmes… Et vous serez ma maîtresse adorée, vous entendez, vous serez…

(Sa bouche s’approche d’elle.)

THYRA, (avec un retrait de tout l’être.)

Non ! non ! je vous en supplie ! encore une fois ! pas cela.


PHILIPPE.

Et tu sais bien que tu le seras ! Tu sais bien qu’il faut que ce soit et tout de suite, entends-le bien, tout de suite ! Il faut que j’efface les baisers de l’initiateur, que je les écrase immédiatement sur ta bouche, sans quoi demain ils reparaîtraient ! Il faut qu’à force de t’aimer, avant que le jour vienne me détromper, j’en arrive à croire plus tard que c’est moi qui t’ai eue le premier. La pensée du contraire m’est insupportable !… Oui, tu me regardes apeurée… je sais, il y a quelque chose de bestial dans l’idée que je te convoite, chaude de baisers, qui viennent de m’être volés !… Mais rien, rien ne fera que je ne t’aime encore, entends-tu ! et que, même dégradée, je ne te veuille à moi !… Tu ne m’échapperas pas ! tu seras mienne… Je sens déjà que tu n’as plus la force de résister ! Sais-tu ce qui peut nous sauver, ce qui me sauve ? C’est que tu t’es livrée sans amour à l’inconnu, par désespoir… tu n’as pas aimé !… Ou alors ton désir douloureux, ton désir d’être arrachée à la mort par des bras enlacés, ne s’est jamais adressé qu’à moi… L’autre n’était qu’une image trompeuse. Avoue-le ! Il n’y a que nous ! que nous ! Et il n’y a jamais eu que nous deux !