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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/169

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main matin, et nous causerons longuement… Va… (Elle écoute, puis elle redescend.) Bon, elle est montée. (Elle va au téléphone à nouveau, sonne quelques instants.) Eh bien, voyons ! Voulez-jous me donner Wagram 47-22 ? On ne répond pas ?… Ce n’est pas possible… insistez… (Elle s’assied sur le coin de la table, au milieu des assiettes de fruits, de flacons. Au bout de quelques secondes.) Allô ! qui est là ?… Ah ! C’est vous. Vous êtes déjà rentré ?… J’avais peur que vous ne fussiez pas là… Vous n’étiez pas un peu inquiet ?… Vous n’aviez pas de remords ? Ah ! si, vous voyez bien !… Vous auriez téléphoné demain matin ?… Oui, je suis rentrée depuis déjà… (Elle hésite.) assez longtemps… Maintenant, il faut que vous me juriez de garder pour vous seul ce que vous avez vu et entendu, ce que le hasard d’une nuit vous a fait connaître ! Somme toute ! vous êtes le complice, mon cher !… (Lentement, avec hésitation.) La… suite ? Oh ! vous la devinez… Vous ne me voyez pas sous ce jour-là ?… Oui ! je comprends !… Le mystère des femmes, mon cher !… (Elle dit cela avec une affreuse ironie dans la voix.) Puis-je compter sur vous ? Silence absolu ! Merci… Mais ce n’est pas seulement pour cette recommandation superflue que je vous téléphonais… De sang-froid, on retrouve toute sa lucidité… J’ai gardé l’anonymat complet, mais il a eu la curiosité (Elle a prononcé si vite et si mal qu’elle se reprend.), il a eu la curiosité de savoir qui j’étais… Naturellement. Je ne crois pas qu’il y soit parvenu, j’ai peur, toutefois, et il ne faut pas que cela soit… Oui, maintenant, je sais son nom, mais je me garderai bien de vous le nommer par téléphone… (Un temps.) Vous aviez deviné juste… Américain. (Un temps.) Eh bien, appelons-le désormais, si vous voulez bien, pour les commodités de