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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/164

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J’ai vu votre fuite. Je sais d’où vous venez ! Cela seul compte, et il n’y a pas d’excuse. Il n’y en a pas une ! Si vous avez été la folle éperdue et vaniteuse qui va, dans un coup d’effroi, livrer sa chasteté à un passant et se donner, comme la dernière des filles, aucune excuse au monde, même la terreur de la mort, même le délire, n’en diminuerait à mes yeux le crime ! D’ailleurs vous ne me dites pas toute la vérité.


THYRA.

Toute !


PHILIPPE.

Non, vous omettez ceci : que vous ne m’avez pas aimé ! Car si vous m’aviez aimé, c’est à moi que vous auriez couru dans la détresse ! Il n’y a pas de force au monde qui vous eût empêchée de vous réfugier dans mon affection, de tendre les bras vers moi, je vous en réponds !


THYRA.

Vous auriez été le dernier parce que je vous aime ! Répondez, Philippe, si je vous avais dit : « Je suis atteinte, je suis frappée de mort », vous seriez-vous arraché à moi, seriez-vous parti ?


PHILIPPE, (dans une protestation de tout l’être.)

Jamais !


THYRA.

Parbleu ! Voilà bien le cri du cœur ! Et voilà ce que je ne voulais pas, Philippe ! Je vous aime trop pour que vous souffriez jamais par moi, je place trop haut cet amour pour lui apporter ma décrépitude, ma dégringolade. Maintenant, vous êtes sauvé ! (Triomphalement.) J’ai mis l’irréparable entre nous et votre pitié ne pourra même