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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/161

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étreinte dans la joie de la production, si j’ai été stérile, n’importe… je t’aurai possédée tout de même… et je me serai brûlée à ta flamme… entière !… Après quoi je consens à mourir tout d’une pièce !… Dix ans ! S’il y avait quelqu’un avec qui traiter, je ferais un marché !

(Elle se jette sur un fauteuil, en lançant en l’air le mouchoir dont elle étanchait ses larmes.)

PHILIPPE, (après un silence contenu.)

Ce n’est pas le tout d’invoquer les instincts, ma chère. Vous auriez beau faire appel à toutes les puissances et passer tous les marchés diaboliques du monde, si ces instincts n’étaient pas en vous, déjà bien avérés ou prêts à sortir, vous en seriez pour vos frais d’invocation ! On ne s’improvise pas des appétits… on les a… Donc…


THYRA.

Eh bien, qui vous dit le contraire !


PHILIPPE.

Ah ! vous avouez ! vous avouez !…


THYRA, (se relevant et changeant de ton, simple et froide tout à coup.)

Ah cà ! croyez-vous que j’ai peur de ma franchise ! Philippe ! Pourquoi donc ? Il faut que vous le sachiez. Si pur qu’ait été mon amour pour vous, si gardée qu’ait été ma vertu, jamais je n’ai cessé d’être sollicitée, troublée même par la plastique et la beauté. Regardez mes œuvrer et vous comprendrez… Elles disaient, par avance et franchement, la sensualité des êtres et des choses ! C’est dans les romans, mon ami, que l’on voit des niaises avoir du génie en effeuillant les lys !… Je suis saine, (Elle se reprend.) du moins, j’étais robuste,