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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/156

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c’est la même chose ! Les sensations enfermées entre le commencement et la fin ne laissent pas de traces… Seulement, voilà… mourir dans l’oubli, mourir sans avoir rien réalisé…


PHILIPPE, (désespérément.)

Thyra ! Thyra !


THYRA, (sans l’écouter.)

Ah ! ça, c’est la chose innommable !… Cette orgueilleuse qui n’aura rien été !… Et que cela arrive à un être jeune, vivant, enragé de vie !… Tomber au seuil de tout !… Ah ! c’est si cruel de la part de Dieu, s’il existe là-haut ! (Elle pleure.) Car je représentais des espérances énormes !… Je suis certaine que si j’avais pu me réaliser, j’aurais été quelqu’un !… Mais parbleu ! cela devait arriver ! Cette soif, cette exubérance, ces aspirations démesurées… ne pouvaient pas durer ! c’était trop beau aussi !… Deux buts : mon art d’abord ! vous ensuite !…


PHILIPPE.

Oh ! moi !… parlons-en !


THYRA.

Vous, c’était récent, mais irrésistible tout de même. Tout de suite, tous les deux je vous ai envisagés !… Je l’ai fait froidement, fixement, dans ces ténèbres qui se levaient. Ah ! on est lucide !… En rentrant, sans tergiverser, j’ai voulu aller jusqu’au bout… achever la consultation… À Lepage aussi j’ai demandé la vérité, toute la vérité… où j’en étais de ma route… Il me l’a dite lui aussi et, coïncidence affreuse, les deux chiffres se balançaient : cinq, six ans de travail pour arriver à quelque chose… Ce chiffre ironique, fatal !… Le même