Ouvrir le menu principal

Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/154

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


leurs, je n’y prêtais pas grande attention… J’avais été atteinte autrefois d’une pleurésie, je ne sais pas si vous êtes au courant…


PHILIPPE, (sans sourciller, évasivement.)

Oui, oui, je sais…


THYRA.

C’est en visitant les catacombes de Rome que j’avais senti pour la première fois ce petit point dans le dos… Ces temps-ci, ça n’allait guère !… Mais je m’étais tellement surmenée pour mon Salon ! D’ailleurs, je n’en parlais à personne. Ma mère ? Vous la connaissez, un étourneau, un étourneau raisonnable, pourrais-je dire… toujours dans ses rêves mondains, incapable de s’inquiéter de moi par elle-même !… Enfin, l’autre nuit, comme j’avais souffert particulièrement entre le cou et l’oreille gauche et que j’avais passé des heures à écrire, à penser à vous, à lire, à me coucher par terre avec mon chien, à lui confier mon amour pour vous, à prendre vingt tasses de thé ; une idée brusque m’est venue… Une de ces résolutions soudaines dans lesquelles on joue toute sa vie… Je suis partie de bonne heure, ayant emprunté à ma femme de chambre son costume le plus minable, et, avec deux ou trois tricots de laine pour me déformer, un gros châle noir tricoté par-dessus le tout, je me suis rendue ainsi à… (Elle s’arrête.) à la consultation de l’hôpital Lariboisière. (Philippe réprime un mouvement d’effroi.) Et là, dans le cortège des souffreteux, j’ai prétendu que j’étais une pauvre femme, que j’avais besoin de connaître toute la vérité sur mon état. J’avais soi-disant un mari qui pouvait me faire soigner, mais ne s’y résoudrait que s’il me savait