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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/146

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MADAME DE MARLIEW.

L’énervement !… C’est compréhensible !


THYRA, (méfiante, prend le cendrier et regarde une cigarette qui achève de se consumer.)

Attends… Mais… ce bout doré… avec des initiales… Ce sont les cigarettes de Philippe !… Allons, maman, tu étais là avec quelqu’un ?… Quelqu’un est venu ?…


MADAME DE MARLIEW.

Pourquoi voudrais-tu que quelqu’un fût venu à une heure pareille, et qui ?

(Thyra regarde autour d’elle. Elle va dans le fond de la pièce, dont l’obscurité l’inquiète. Elle donne la lumière et aperçoit la silhouette de Philippe qui transparaît derrière le rideau. Elle va à lui.)

THYRA.

Ah ! vous venez m’espionner ici ?… Je vous prie de sortir immédiatement. Je suis chez moi !


PHILIPPE, (sans sourciller, haussant les épaules.)

Prenez-le comme vous voudrez. Quand je vous aurai dit ceci : que je sais d’où vous venez (Elle sursaute légèrement.), que je vous ai suivie, vous le prendrez peut-être de moins haut !… (Thyra plisse les sourcils, puis, en manière de défi, jette son manteau noir par terre. On la voit alors dans son costume de Salomé, les épaules et les bras nus. Le prince, à ce geste, laisse échapper un mouvement furieux.) Thyra !


MADAME DE MARLIEW, (précipitamment.)

Prince… je vous en prie !…


THYRA.

Mais ne t’interpose pas, maman ! (Un silence.) Vous disiez donc ?