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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/143

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PHILIPPE.

Montez vous reposer, Madame, je resterai seul ici, seul avec la rage qui me tiendra compagnie… Quelques cigarettes, au surplus, à mâchonner !


MADAME DE MARLIEW.

Comment voulez-vous que j’aille me reposer dans une pareille agitation ? Je ne le pourrais pas ? Au contraire, je vous demande de demeurer là, de me trouver en présence de ma fille quand elle va rentrer… Attendons, attendons…


PHILIPPE, (s’asseyant, nerveux et lointain.)

Mais comme tous les propos que nous échangerions désormais seraient vains, restons là sans même nous parler… comme dans un wagon… comme dans une salle de gare… en attendant ce lugubre lever du jour qui ne veut pas venir !…

(Silence.)

MADAME DE MARLIEW, (mettant en frissonnant un châle sur ses épaules.)

Oui. Il fait d’ailleurs si froid ! Vous ne désirez pas une boisson chaude ? Voulez-vous que j’aille chercher quelque chose à l’office, prince ?


PHILIPPE, (redevenant distant.)

Je vous en prie… je n’ai besoin que de recueillement.

(Ils se taisent. On entend le chien qui aboie dans l’appartement.)

MADAME DE MARLIEW.

Le chien s’est réveillé ! il a entendu du bruit ! (Ils se taisent à nouveau. Le chien continue d’aboyer.) Oh ! ce chien est insupportable ! Je vais le faire