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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/138

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qui m’échappa, elle répondit, du bout des doigts, d’un air négligent, par un baiser ! Cela s’est fait très simplement, comme un rite… Elle avait le coude appuyé sur la table, le regard mi-clos. L’homme a souri… Peu de temps après, il s’est levé, s’est approché de leur table… ils ont causé quelques instants, lui debout. Et Lignières, vous entendez bien ceci, Lignières a laissé s’asseoir à leur table cet homme qui sans nul doute devait être pour lui un inconnu… Lignières riait bêtement, peut-être amusé… L’heure qui a suivi fut plus atroce encore ! J’ai vu cet homme lui caresser doucement les bras… Il a saisi une coupe de champagne… il l’a fait boire, la tête renversée en arrière, et tout à coup il lui a pris la bouche en riant… Ah ! je vous fais de la peine…


MADAME DE MARLIEW, (laissant tomber la tête dans ses mains.)

Vous me martyrisez, tout simplement.

(Un silence oppressé.)

PHILIPPE.

J’abrège. Il y a deux heures environ, ils sont sortis tous les deux ensemble du bal, délaissant Lignières, qui s’est perdu dans la foule. Moi, je me suis précipité à leur poursuite. Mon taxi les a suivis. Je n’avais plus qu’un espoir, dans ce désarroi, c’est qu’elle se fît conduire directement ici… Parbleu ! non, l’auto filait toujours du côté du parc Monceau. Oh ! cette poursuite dans la nuit… J’avais envie d’arrêter la voiture, mais la curiosité emportait tout autre sentiment. Eux, ont-ils aperçu une auto qui les suivait. Je ne le crois pas, toutefois, l’homme, à un certain moment, s’est penché à la portière… la couronne de laurier d’or est tombée… J’ai aperçu un bout