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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/137

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à côté l’une de l’autre… Cent cinquante personnes se trouvent réunies en cohue, échangent leurs regards, leurs cris, leur demi-ivresse… Cela sent la sueur et le fard… Tous les deux seuls, Lignières et elle, attablés, presque silencieux… De temps en temps, il lui versait par amusement des vins, du champagne… Elle paraissait d’une gaieté extraordinaire. Je ne voyais pas ce qu’elle pouvait bien regarder en face d’elle fixement, mais, tout à coup, elle rejeta le loup et son visage parut en pleine lumière, un visage que je ne lui connaissais réellement pas, presque cynique… les narines froncées par une respiration haletante… Et je m’aperçus que, depuis quelque temps, elle considérait en face d’elle une sorte d’éphèbe, un bellâtre d’une vingtaine d’années, habillé en joueur de flûte qui donnait l’impression d’une sorte de peintre anglais ou américain, vous savez ces jeunes hommes au visage audacieux dans une foule, qui se sentent regardés et ne craignent aucun regard… Mon attention d’ailleurs, se portait uniquement sur elle. Je ne perdais pas un jeu de sa physionomie. Alors j’ai vu son expression se fondre en un sourire, un sourire presque humble, qui m’a tout écœuré. J’ai jeté les yeux sur l’homme. Il répondait à ce sourire… puis il a mâchonné prétentieusement des fleurs. Elle a répondu de même. Je me sentais étouffer.


MADAME DE MARLIEW.

J’ai peur…


PHILIPPE.

Attendez, ce n’était rien ! Car, comme une prostituée (Madame de Marliew se lève en sursaut.), il n’y a pas d’autre mot, comme la plus vulgaire des courtisanes, à je ne sais quel geste de l’homme