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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/114

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Thyra, ce plaisir du passé, ce plaisir de tout exhumer ?… Ce sera si agréable dans quelques mois, quand nous serons tout seuls, de retrouver les roses roses que vous cueilliez au jardin Aldobradini… de revoir votre visage éclairé par en dessous, vous savez… par le reflet du soleil, quand vous restiez appuyée, le bras haut à une colonne… Je me souviens de tout. Quand vous vous penchiez vers la tasse pour souffler sur elle, il y a une seconde, je retrouvais le dessin de votre figure dans une vasque se détachant sur la cime des cyprès, et…


THYRA, (l’interrompt.)

Mon ami, il faut que je vous annonce une pénible nouvelle, une décision qui va vous causer beaucoup de peine !


LE PRINCE.

Mais vous avez un air inquiétant, ma parole.


THYRA, (elle se lève.)

Et voilà que pour vous dire ces choses, je me sens d’une faiblesse… d’une faiblesse…

(Il la soutient.)

LE PRINCE, (inquiet.)

Mon pauvre petit ! mais votre chagrin est mon chagrin. Parlez… parlez…


THYRA.

Je ne peux pas… Une seconde… attendez. (Elle se rassied.) Mon ami, je vais vous dire cela très doucement… Vous ne vous mettrez pas en colère… Vous allez tâcher de vous émouvoir le moins possible, et, bien que je vous le dise du bout des dents, vous comprendrez que je parle du fond de l’âme…