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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 7, 1922.djvu/105

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THYRA.

Je vous dis rien (Tout à coup.) ou plutôt si… si… une chose affreuse, comique et tragique à la fois… un cadavre de voix qui me fait mal… mal à entendre moi-même.

(On se récrie.)

LA COMTESSE.

Oh ! Vous devez exagérer. On ne peut pas l’entendre ?


THYRA, (se met à rire nerveusement.)

Si vous me promettez de ne pas rire comme moi et même d’être tristes, je vous donnerai cette minute.


CORNEAU.

Mais nous n’avons pas envie de rire !


THYRA, (appuyée à la harpe. Elle tire toujours quelques arpèges.)

Voilà. Un soir, à Rome… en revenant du Pincio… je chantais et ma voix ce soir-là était si belle que quelqu’un… un poète qui se trouvait parmi nous… m’a dit : « Il faut qu’elle soit immortalisée, cette voix-là. Il faut voler cette minute à la vie qui passe et qui emporte tout. » Eh bien ! voyez, les poètes sentent toujours juste, Corneau, voyez comme il prophétisait ! Ma voix a disparu. Je l’ai perdue et il en est resté un souvenir presque goguenard, qui a la tristesse des fantômes… Ah ! vous ne riez pas ! Vous attendez avec anxiété… Vous êtes tous bien sages, Messieurs, Mesdames ?… Eh bien ! nous allons faire alors comme Méphisto. Nous allons rouvrir les sources du passé. (Elle se met à rire à nouveau. Elle va à gauche, dans le fond de la pièce, fait manœuvrer un coffre