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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 6, 1922.djvu/97

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ton envie d’être loin, ta rage d’être bêtement pincé… (La voix s’étrangle.) Je t’en supplie, je t’en supplie, ne pars pas… Accroche-toi à la pensée de ton seul intérêt…


ARMAURY.

Laisse donc mon intérêt de côté, je t’en prie !… Depuis cinq minutes bientôt, tu ne parles que d’intérêt et complètement hors de propos… Est-ce une scène de ménage que tu me fais ?… Tu serais en droit de me la faire, et pourtant voilà que je n’entends que des mots d’intérêt !… Enfin, est-ce ta raison ou ton amour qui parle ?


FANNY.

Ah ! ne pose pas une question pareille… ne pose pas une question pareille ! L’être bouleversé qui te crie : « Reste ! » ne peut pas savoir lui-même où il prend ce cri, si c’est dans sa raison ou dans son amour brisé… Il n’y en a qu’un qui ne devrait pas s’y tromper : c’est celui qui l’entend, et si tu ne le sais pas, malheureux, comment veux-tu que je le sache moi-même ?… Mais ce que je sais bien, par exemple, c’est que j’ai assez de courage pour pouvoir, même dans un pareil moment, m’élever au-dessus de mon propre désastre et ne penser qu’au tien… Ne pars pas, Marcel… Ne vois là ni une prière ni une menace… (Changement brusque d’idée.) D’ailleurs, il va suffire que je lui parle, à cette petite, et elle comprendra très bien d’elle-même… Je suis sûre qu’on ne lui a jamais parlé sensément… Tu vas voir…


ARMAURY, (épouvanté.)

Fanny, je t’en supplie… Réglons ces questions à nous deux.

(Elle se dirige vers la porte, Armaury marche à reculons, comme pour lui barrer le passage.)