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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 6, 1922.djvu/81

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désespoir… si tu me disais… « Je crois, Marcel, que je pourrai supporter ces deux ou trois ans au couvent… » (Mouvement de Diane.) C’est que, vois-tu, ma chérie, je t’aime tant !… Je n’ai pas de plus grande ambition que ton bonheur… il serait horrible, maintenant, de gâcher définitivement l’avenir auquel une merveille comme toi peut encore prétendre.


DIANE, (avec véhémence, se jetant dans ses bras.)

Vivre deux ans, peut-être trois, sans toi, séparée de toi, dans un couvent… non, ça, jamais !… Je ne m’en sentirais pas la force… Je préférerais me tuer…


ARMAURY.

Ne dis donc pas de folies !


DIANE.

Mais tu n’imagines pas ce qu’elles seraient ces années-là… Songe donc que je suis (Elle baisse la voix.) une femme ! une femme !… et que c’est toi qui m’as rendue femme. Puis, séparés pendant trois ans en tout cas et de toutes façons, qu’est-ce que tu deviendrais toi ! car, enfin, il n’y a pas que moi… tu m’oublierais… tu me tromperais… mais si… si… tu m’oublierais, et me vois-tu revenant après mes vingt et un ans… je ne pourrais plus jeter mes bras à ton cou… tu serais peut-être avec une autre femme…


ARMAURY, (riant.)

Ma pauvre chérie, si c’est ça qui te préoccupe et te fait peur !


DIANE.

Il n’y a pas que ça, mais c’est une de mes préoccupations, bien sûr. (Elle lui applique la main sur la bouche à son tour.) Tu radotes… il faut en prendre son parti… nous allons être ensemble pour la vie !