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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 6, 1922.djvu/72

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ACTE DEUXIÈME

Cabinet de travail tout en boiseries anciennes. À droite, la porte du petit salon d’attente pour les visiteurs et les clients de Monsieur Armaury. À gauche, petite porte donnant sur un couloir. Au fond, deux grandes fenêtres ovales donnant sur une cour qui n’est séparée du quai d’Orsay que par une porte cochère ancienne et les logements du concierge. De biais, à droite et au fond, une porte qui donne sur le vestibule d’entrée. Au lever du rideau, Dianette est calée dans l’encoignure d’un meuble. Marcel Armaury la presse et lui parle à mi-voix. Une femme de chambre en chapeau et d’aspect très jeune, discrètement, dans le fond, à genoux, arrange des valises et un sac de voyage.




Scène PREMIÈRE


MARCEL ARMAURY, DIANE, KETTY


(Long silence. Puis peu à peu, graduellement, la voix de Marcel s’élève.)

ARMAURY.

Ma chérie, ma chérie, petit amour, ma retrouvée, tu ne peux savoir après les angoisses de ces jours-ci, après cette sensation affreuse de t’avoir perdue pour toujours, ce que c’est que de retoucher ta robe… tes gants, les rubans de tes souliers, d’avoir la certitude que tu es là. J’avais perdu tout espoir, je ne comptais plus que sur le miracle. J’étais si certain de ne plus revoir ton visage et j’escomptais déjà des années d’obscurité ; tu étais déjà pour moi comme une chose morte. Je classais déjà, imagine-toi, mes souvevenirs… tes photographies, dans la prévision ter-