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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 6, 1922.djvu/35

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L’ABBÉ, (sur un ton sincère, mais un tant soit peu ironique.)

Pardon… me le demandez-vous sérieusement ?


LE DUC.

Par exemple !… Qu’entendez-vous par là ?


L’ABBÉ.

Oui, êtes-vous de ces gens qui commencent par crier leur chagrin, puis après prennent leur parti des événements et les laissent aller ? Dans ce cas, je vous donnerai un bon conseil, un peu vague, qui sentira l’eau bénite. Ou voulez-vous à cette pauvre enfant, maintenant dévoyée et déflorée, refaire au moins une âme ? Oh ! c’est une refonte complète qui est nécessaire, je vous en avertis !… Bref, réclamez-vous de moi une consolation, banale, ou vous adressez-vous au prêtre que j’ai la prétention d’être, qui croit à la nécessité du devoir moral, à la beauté intérieure… et qui n’y va pas par quatre chemins pour dire aux gens ce qu’il pense ?


LE DUC.

Nous savons que vous avez l’habitude un peu rude de la vérité ; nous ne la redoutons pas, n’est-ce pas, Gabrielle ?


LA DUCHESSE.

Mais oui. Monsieur l’abbé, nous connaissons votre manière ?


L’ABBÉ.

Vous avez manqué incontestablement de clairvoyance, Madame la duchesse. Remplacez votre influence trop débonnaire par une influence décisive… Le mal est grave. Vous aimez Mademoiselle votre fille passionnément, n’est-ce pas ? Eh