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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 6, 1922.djvu/30

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sommes des individualités sans guide… J’ai, je crois, une énergie indomptable, je n’ai plié devant rien, mais je n’ai rien adoré non plus, et à l’homme il faut une idole. Dianette, ce sera toi… » Toi ! Oh ! ce tutoiement à ma fille est insupportable !


L’ABBÉ.

Ne lisez plus, Monsieur le duc.


LE DUC.

Belles phrases, hein ? Il se dépeint ! Il se connaît.


L’ABBÉ.

Oui, comme vous le disiez : l’homme moderne, l’homme de ce temps-ci. Il a du talent, d’ailleurs… À ces signes, je reconnais l’adversaire. Maître Armaury a justement plaidé contre les congrégations au moment de la séparation ; ce n’est pas la première fois que je le trouve sur mon chemin ! Mais qui m’eût dit qu’ici il saperait plus que des croyances !…


LE DUC.

Ils n’ont pas d’excuses, ces gens-là, ces cyniques qui ne connaissent seulement que la bête et qui s’étalent dans leurs paroles et leurs écrits comme sur leur fumier ! mille fois pires quand ils ont du talent comme celui-là et que l’enchantement se mêle au dégoût ! Il lui faut une idole à ce Monsieur… vraiment !… Malheureux qui ne sait pas qu’avec un peu de raison on anéantit tous les fanatismes !… Ah ! Dianette !… Moi qui ne pensais qu’à l’avenir splendide auquel elle était destinée… Une fille qui avait été demandée en mariage par les plus beaux noms de France ! Nous ne trouvions rien d’assez beau pour elle !

(La porte des appartements s’ouvre.)