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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 6, 1922.djvu/262

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ROSETTE.

Bon Dieu, dirait-on pas !… Je t’avais prévenue… C’était couru… Le choc de vos deux races… Ces Anglais !… Il ne t’a pas refusée… Il a dû fuir comme un boy épouvanté… Ah ! évidemment, il ne soupçonnera jamais tout ce qu’il t’a inspiré l’imbécile au veston bleu !…


ADRIENNE.

Toute la folie de mon désir m’apparaît maintenant en une seconde… Qu’est-ce que je viens de faire ?… Il me semble que je n’oserai jamais plus me regarder devant une glace… que ça se verra toujours…


ROSETTE, (les bras levés.)

Eh bien, merci !… Si ces choses-là se voyaient toujours, nous serions fraîches ! Voyons donc, tu t’es cassé les ailes ? Eh bien, après ?… Il faut avoir plus d’orgueil que cela ! Pas de réaction !… Jamais de réaction !… Vois-tu, grande ignorante, nous sommes toujours les dupes de l’illusion et de notre profession à nous, qui est l’amour… C’est même pour cela qu’on a inventé le mariage… pour nous limiter. Sans quoi !… Seulement, il ne faut pas voyager, parce que, alors… c’est les vacances, la liberté et l’instinct qui nous remportent comme de petites pailles… Une fois rentrée chez toi à Paris, tu oublieras tout ça… comme les autres… On ne s’en porte pas plus mal, va !… Chacun a dans son souvenir des minutes de ce genre… Si l’on savait ! c’est les ailes brisées de tout le monde… et, au fond, on est toujours seul.


ADRIENNE.

Ah ! oui, quelles solitudes que nos désirs !