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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 6, 1922.djvu/248

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joie des yeux pour moi, cette jeunesse, lorsqu’il sourit de son grand sourire large — son beau regard bleu sans pensée — car il doit être très bête !… Il me fait l’effet de ces jeunes chiens pattus, maladroits et beaux, qui courent dans la campagne en fleurs, avec toute leur grande joie égoïste de vivre, et qui déchirent de beaux chapeaux de dentelle à pleines dents… Et s’il était là, près de moi, je ne lui dirais pas des mots d’amour… non. Je lui dirais simplement : « Tu es la jeunesse… Tu es comme le printemps… tu… »


ROSETTE, (éclatant de rire.)

Et aïe donc ! Que serait-ce, si c’étaient des mots d’amour !…


ADRIENNE.

La couleur de son vêtement même m’est sympathique !… Si tu savais comme mon cœur bat quand je vois à travers les branches la tache bleue de son veston… bleu, brodé de blanc, avec des insignes… tu as vu ?


ROSETTE.

Oui, c’est affreux !


ADRIENNE.

Son petit veston bleu ridicule qui m’attendrit !… L’après-midi, à trois heures, je gravis la colline qui est au fond du parc, je m’étends sur l’herbe… Je vois le bosquet que forme la touffe des arbres de l’hôtel et je me dis : « Il est là dedans !… » Et, alors, j’entends quelquefois ses cris de gaieté, ses exclamations dans une langue que je ne comprends pas… Je ferme les yeux, je rêve et je ne distingue plus qu’au loin, pendant des heures, le bruit régulier que font les balles de tennis… là-bas… dans le soleil…