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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 6, 1922.djvu/234

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si vous le voulez… oui… demain ou tout de suite…
Nous venons d’avoir une scène épouvantable,
définitive… Tout peut se rompre, et très vite.
Voulez-vous de moi ?… Dès demain, si peu croyable
et si fou même que la chose vous paraisse,
dès demain, Henri, je serai votre maîtresse,
votre femme… toute à vous, toute… et pour toujours !…
Ne réfléchissez pas ; c’est hasardeux… qu’importe !
Fiez-vous à ce cri qui me pousse, à l’amour
qui m’arrache à cet homme. Oh ! je suis calme, forte
et bien décidée… C’est à vous que je me donne,
et ce soir, vous n’aurez qu’à m’ouvrir votre porte…
je serai là !

(Elle s’arrête court, angoissée. Silence.)

L’OMBRE.


je serai là !Allons ! Finissons-en. J’ordonne
que tu dises ceci : Je ne vous aime pas !


ELLE, (à voix étouffée.)


Eh bien ?… Quelle réponse ?


L’OMBRE.


Eh bien ?… Quelle réponse ?Va ! Décide-toi.


LUI, (hésitant.)


Votre don me ravit, me trouble…


L’OMBRE.


Votre don me ravit, me trouble…Pas cela !
Prononce ces cinq mots : Je-ne-vous-aime-pas.


LUI, (éludant et cherchant d’autres mots.)


Mais je ne sais… si brusquement… écoutez-moi,
j’ai peur pour vous… Mary… Je suis un pauvre lâche.