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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 6, 1922.djvu/218

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L’OMBRE, (pendant qu’il la met lentement dans son portefeuille.)


Bien !… Mais ne te fie pas à tant de bonne grâce.
Elle est magnanime, oui, mais elle ne voit pas
que depuis un moment cette lampe te blesse…
Je devine, c’est une égoïste fieffée !
Moi, je t’ai fait souffrir jusqu’aux os, je t’ai fait
dépérir… mais j’avais de ces délicatesses…
J’aurais baissé l’abat-jour…


ELLE.


J’aurais baissé l’abat-jour…La lampe vous blesse,
Vous permettez…

(Elle descend l’abat-jour.)

L’OMBRE.


Vous permettez…Ah ! j’avais tort.


LUI.


Vous permettez… Ah ! j’avais tort.Merci.


L’OMBRE.


Vous permettez… Ah ! j’avais tort. Merci.Mais veille
tout de même. Elle est bonne ; elle sera cruelle…


ELLE, (souriant de sa docilité et s’asseyant à la table.)


Voyez-vous, je crois commencer à vous comprendre,
vous et la façon dont il faut que l’on vous aime.
Je crois pouvoir vous être bonne, utile même.
Je veux être pour vous une maman très tendre,
ayant évidemment un peu d’inceste au fond…
Un chagrin, c’est toujours sensuel. Il engendre,
avec le désir de la consolation,
cette joie qui revient des caresses reprises.
Mon ami, tenez, voulez-vous que je vous dise ?
C’est tout à fait pareil aux jardins lorsque l’on
fait les greffes… oui… Je vois cela tous les ans…