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Page:Bataille - Théâtre complet, Tome 6, 1922.djvu/167

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vivement.) du moins de ton affection pour moi… Mais, confie-moi et laisse-moi aux mains de la fatalité.


FANNY.

Oh ! je t’en prie, Marcel !… Pas d’appréciations ! Je ne te demande ni d’approuver ni de désapprouver ce que je fais. Moi-même, est-ce que je m’en rends compte ?… Comment ai-je la force d’être ici, à côté de votre chambre, — que dis-je ? dans votre chambre !… ici, où pas une femme n’aurait le courage de pénétrer ?… Eh bien, j’ai été enlevée, précipitée, comme malgré moi, par une impatience irrésistible, parce qu’il s’agissait de ta vie !… Je suis venue cogner contre cette porte épouvantable !… C’est plus fort que moi, la sensation que tu es en danger, que quelqu’un voudrait porter la main sur toi, aller jusqu’au meurtre… j’en tremble des pieds à la tête… Que veux-tu !… J’ai honte de ne pouvoir réagir contre cet instinct, mais c’est comme si tu m’avais appelée… J’ai toute ma chair qui bondit… Je ne permettrai pas, je ne permettrai pas qu’on attente à ta vie !… Je te le dis, c’est le cri de toute ma chair !…


ARMAURY.

Tu m’as averti du danger ! Que de femmes s’en seraient remises à la fatalité, comme à un jugement céleste !… tu n’es pas de celles-là… Cependant, je te demande le courage de ne plus penser à moi ! je sais qu’il te faudra du courage… J’éprouverais une trop honteuse tristesse à être protégé par toi, Fanny… Tu dis le cri de la chair ? Rappelle-toi alors nos paroles d’hier… je les jugeais fort justes… Nous avions prononcé une séparation nécessaire, tu avais remis toi-même, à une échéance lointaine, le retour souhaité et possible.